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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 15:41

 

Maleficium---M-Desjardins.jpg« Père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Pardonnez à ces sept pécheurs victimes d’étranges maléfices, venus chercher dans le confessionnal une oreille attentive au récit de leur infortune, et implorer le salut de leur âme souillée par la curiosité et la faiblesse de la chair. Pardonnez aussi à cette femme calomniée, emmurée dans un cruel silence. Pardonnez enfin à l’homme de Dieu qui a recueilli leurs aveux et brisé le sceau de la confession en les transcrivant dans un opus à l’odeur de soufre, Maleficium.

À la fin du XIXe siècle, sept hommes partis aux confins de l’Orient et de l’Afrique croisent tour à tour la route d’une troublante créature. Pourquoi les soumet-elle aux plus inavouables tentations ? De quoi cherche-t-elle à les punir ?

En huit tableaux, Martine Desjardins compose une fresque baroque, invitant à voyager aux limites des plaisirs et de la souffrance. Une œuvre rare, parfumée de fantastique, d’exotisme et d’érotisme, portée par une langue somptueuse.



La romancière Martine Desjardins est également journaliste littéraire. Elle a remporté le prix Ringuet de l’Académie des lettres du Québec pour L’Évocation (Leméac, Montréal, 2005) et le prix Jacques Brossard pour Maleficium (Alto, Québec, 2009) : ce quatrième ouvrage est le premier à paraître en France.

 

 

Les apparences sont trompeuses, ce livre commence par un avertissement au lecteur, qui bien entendu fait partie intégrante de l’œuvre, nous tenons entre nos mains « un livre si dangereux qu’il avait été emmuré au fond d’une alcôve » et « Quiconque aurait la témérité de l’exhumer de ses oubliettes serait excommunié sur-le-champ sans espoir de pardon ». Nous sommes alors en conditions, prêts à souffrir les émanations sulfureuses que dégagent ce livre, prêts à en subir les conséquences, prêts à recevoir les foudres de Dieu, ou du moins de ses représentants sur terre.

 

Les apparences sont trompeuses, malgré sa forme en huit confessions, huit récits apparemment indépendants, cet ouvrage est bel est bien un roman, il forme un tout cohérent aux parties finalement indissociables si l’on souhaite en saisir toutes les saveurs, en connaître tous les parfums, en explorer toutes les facettes, en effleurer le moindre relief... C’est au huitième récit que notre lecture des confessions précédentes bénéficie d’un nouvel éclairage, les liens se retissent pour former un nouveau motif, tout est bouleversé… Le doute, le doute s’insinue… Aussi, est-il important de lire jusqu’au bout. Mais pour préserver tout le piquant de cet œuvre, je ne dévoilerais aucun passage de cette dernière parole confessée à l’oreille du prêtre. Non, je ne déflorerais pas l’ultime secret… car, s’il y a bien une chose à retenir de cette lecture, c’est qu’il faut savoir rester sobre et se contenter de peu. Alors, chut !

 

Je commencerais donc moi aussi par un avertissement :

Si vous ouvrez ce livre, lisez-le impérativement jusqu’au bout.

 

Oui, lire jusqu’au bout. Si je le précise, je vous le confesse, c’est que j’ai bien failli m’arrêter au milieu du chemin, lassée, dès le quatrième, par la structure répétitive des sept premiers récits :

 

Confession faite à un prêtre par un homme infirme, mutilé. Il raconte que cela s’est produit lors d’un voyage en Orient ou en Afrique, en quête de richesses et de gloire,…

 

Avant ce moment, je n’avais pas pleinement mesuré mon espoir d’atteindre un jour les villes verticales du désert. Et voilà que je commençais à imaginer les conséquences que leur découverte aurait sur ma propre vie. Je me voyais rentrer au pays couronné de gloire, devenir le maître d’œuvre des plus imposants édifices jamais érigés, et inscrire mon nom en lettres d’or dans le grand livre de l’architecture. (4- INCENSUM NEFARIUM, p.85)

 

… généralement parti à la recherche d’un bien précieux et des plus rares, il a rencontré une femme étrange à la lèvre fendue…

 

J’avais parlé trop vite. Car des profondeurs du sépulcre me répondit presque aussitôt une voix qui me glaça les sangs tant sa manifestation était soudaine et inattendue. Comment vous décrirais-je cette voix ? Elle était susurrante, suspicieuse, avec des inflexions sinistres qui me firent l’associer à un sifflement de serpent. (1- STIGMA DIABOLICUM, p.22)

 

 … qui a porté à sa connaissance l’existence d’un bien encore plus rare, plus noble, plus parfait…

 

« Pourquoi l’odeur du safran n’aurait-elle qu’une seule source ? La mienne ne provient pas du crocus et si vous désirez la connaître, il faudra m’accompagner aux jardins flottants. »

[…] elle avait piqué ma curiosité. Si une autre plante possédait les mêmes principes aromatiques que le Crocus sativus, n’était-il pas dans mon intérêt de m’en assurer ? (1- STIGMA DIABOLICUM, p.26-27)

 

… sous le charme duquel il est tombé en admiration totale,…

 

Comment en étais-je venu à mépriser ce que j’admirais tant quelques heures auparavant ? J’imagine que la valeur que nous attachons à un objet s’établit par comparaison, et que l’arrivée d’une curiosité encore plus rare suffit à le déprécier à nos yeux irrémédiablement. (5- OCULUS MALIGNUS, p.102)

 

… et qu’il a alors désiré posséder plus que tout, et ce malgré toute l’étrangeté de sa provenance, jusqu’à oublier tout le reste, jusqu’à en perdre tout bon sens, …

 

Ne soyez pas rebuté par les vapeurs astringentes qui s’en émanent, humez-le comme si vous cherchiez à vous en repaître… Voilà. Vous êtes déjà impuissant à vous en détourner, vous titubez, vous avez l’impression que vos sens vont bientôt vous abandonner. […] L’arôme de ce brin cramoisi, en s’insinuant en vous, n’éveille-t-il pas des pensées vénéneuses où la douloureuse douceur de la dépravation se mêle à la joyeuse amertume de la corruption ? (1- STIGMA DIABOLICUM, p.14)

[…] je me laissai subjuguer par le parfum vénéneux qui s’en dégageait. J’en gavai mes narines, ma gorge et mes poumons, je me perdis dans ce que je ne pourrais décrire autrement que comme une contemplation olfactive – un état qui gagna bientôt mes autres sens. En proie aux plus brûlantes extases, j’avais des visions exaltées, je goûtais des saveurs interdites, j’entendais des musiques profanes. (1- STIGMA DIABOLICUM, p.30) 

 

… jusqu’à être puni par où il a péché, à en être marqué définitivement jusque dans sa chair.

 

En enlevant mes vêtements, je constatai que ma peau était couverte de marques rouges partout où le fouet l’avait léchée. Je ne m’en inquiétai pas et m’enduisis généreusement de pommade avant d’aller me coucher. Le lendemain, à mon réveil, les marques ne s’étaient pas estompées. Elles étaient devenues au contraire plus foncées, presque cramoisies. Elles ne sont jamais disparues. Elles ont peint la honte sur mon visage à l’encre indélébile. (2- FLAGELLUM FASCINORUM, p.53) 

 

Certains récits sortent un peu, mais si peu, de ce schéma par de légers détails… Insuffisamment pour empêcher la lassitude, malheureusement. Sept fois quasiment la même histoire, il y a de quoi s’ennuyer ! J’en ai même lâché le bouquin pendant au moins une semaine avant de m’y remettre.  Par contre, au sixième récit, quelque chose change, la créature se rapproche… Méfiance, mon père, « Refusez-lui votre bénédiction ». Non, « Fuyez, mon père » car à la septième confession, le danger a d’ores et déjà pris place en votre église, la créature « a déjà commencé à transformer votre église en pandémonium de l’Enfer ».

 

Et nous voici à la huitième confession, bien différente, celle qui donne tout son sens à l’histoire et nous propose une autre vision des autres confessions, celle qui unit tous ces destins, celle qui est la plus intéressante mais qui serait quelque peu dépourvue d’une partie de son sens sans les autres, cette dernière confession sur laquelle je garderai le silence, je vous ai promis le secret, je m’y tiendrai… du mieux que je peux !

 

Personnellement, je ne suis pas tombée en pamoison devant l’écriture soit disant « somptueuse » de cette œuvre (cf 4e de couv.). Oui, ces pages dégagent un léger parfum de souffre, elles possèdent certes aussi un charme suranné, deux arguments auxquels je n’ai pas été totalement insensible. Cela me rappelle même les histoires du folklore autour des rencontres avec le diable ou d’autres créatures étranges, telles que j’ai pu en lire dans ma jeunesse dans des ouvrages comme « Les Evangiles du Diable » (documents rassemblés par Claude Seignolle aux éditions G.-P. Maisonneuve et Larose) ou plus récemment dans les anthologies de Claude Lecouteux (collection Merveilleux des éditions J.Corti : « Elle mangeait son linceul », « Elle courait le garou »). Ici, les récits sont à peine mieux écrits que dans les documents précités qui, eux au moins, n’ont pas de prétention littéraire. Non, là j’exagère. Disons que cette œuvre se trouve quelque part entre le récit fantastique du 19e siècle (Maupassant, Théophile Gautier, Villiers de L’Isle-Adam…) et le document, froid mais intéressant. Effectivement, j’ai trouvé ces récits très surfaits, voire scolaires, sans doute à cause du schéma répété à chaque confession, mais aussi parce que les éléments posés sur cette trame semblent tout droit sortis d’une encyclopédie ou d’un guide touristique (ce qui peut s’expliquer à la lecture du dernier récit... mais c’est un peu facile !). De plus les différents personnages paraissent totalement inexistants. Résultat, je suis restée à distance de l’histoire, et même si j’ai apprécié certaines descriptions et l’emploi d’un vocabulaire plus soutenu que d’ordinaire, je me suis vite ennuyée. Le dernier chapitre, renversant si je peux dire, ne peut pas tout sauver à lui tout seul, malheureusement. Je m'attendais à mieux après la lecture de la quatrième de couverture et de divers avis lus sur la Toile... Donc, forcément, assez déçue...


 

Merci aux éditions Phébus et à Babelio pour l'envoi de ce livre reçu à l'occasion de l'opération "Masse Critique" de septembre 2012.


 

Retrouvez d'autres critiques et citations par ICI.


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Published by Seshet Noun - dans chaos de lectures
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