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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 17:48

N.B. : Le texte en italique, avant et après les 3* n'appartiennent pas à la nouvelle, ce sont des brides d'une intro pour un recueil de nouvelles du même genre et des notes.

Cette histoire est en écriture, ce n'est donc qu'un brouillon...

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C'est un soir d'automne. Un vent aigre arrache les dernières feuilles des arbres. Le sol est glissant. Il règne dans l’air comme une odeur de sous-bois. L'humidité pénètre chairs et os. En cette période crépusculaire, la lumière et l'ombre se confondent. Le jour et la nuit se fondent.... Nous sommes le soir du 31 octobre, un soir d'automne comme il y en a tant. Pourtant, quelque chose se prépare, quelque chose d'inhabituel... La nuit devient plus sombre. C'est alors que l'étrange frappe à nos portes. Fantômes, sorcières, vampires, korrigans, loups-garous, morts-vivants et autres revenants arpentent nos rues. C'est la nuit d'Halloween, la nuit de Samain. La nuit où s'ouvrent les portes de l'au-delà. La nuit où les morts se réveillent. Cette nuit, femmes, enfants et hommes se terrent dans la chaleur et l’apparente sécurité de leur foyer. Tous tentent d’échapper à l’haleine fétide du ventre de la nuit. Tous se cachent. Tous ?

 

*

*  *

 

Nous sommes trois, trois jeunes imprudents en route pour la plus grande et la plus folle soirée costumée de l’année. Je connais à peine mes compagnons mais ils semblent très sympas. Nous nous sommes rencontré grâce au site Internet de l’organisateur de la fête. Constatant que nous habitons le même coin, nous avons simplement décidé de partager la même voiture pour nous y rendre. Depuis un long moment, déjà, nous cherchons notre chemin. D’après Mappy, nous devions mettre à peine plus de deux heures. Cela fait maintenant presque quatre heures que nous tournons et retournons sur les mêmes routes de campagne. Adieu humour et bonjour la galère ! L’ambiance décontractée du début de soirée commence à virer au vinaigre. Difficile de se mettre d’accord sur le chemin à suivre. « J’te l’avais dit de prendre à gauche, t’écoute pas ! », « Mais pourquoi t’as tourné ? C’était tout droit. » ...  Et, évidemment, pour couronner le tout, au fond de cette vallée, pas de réseau pour nos téléphones portables. La tension monte. Vu l’heure tardive, nous renonçons à la fête et essayons seulement de retrouver le chemin du retour. Mais un sombre et impénétrable brouillard nous empêche de suivre les trop rares indications. Notre unique et unanime certitude est que nous sommes totalement perdus.

 

Enfin, nous apercevons comme une étincelle de vie au milieu de la nuit. Une lueur d’espoir qui nous réchauffe le cœur. C’est la lumière d’une petite chaumière, phare terrestre dans cet étrange brouillard poisseux. Dans un grincement, un vieil homme voûté nous ouvre la mince porte en bois. Mauvaises nouvelles, il n’y a ni téléphone, ni électricité et pas d’habitations avant plusieurs dizaines de kilomètres… Et avec si peu de visibilité et le piètre état des routes, il est dangereux de reprendre la voiture. Pourtant, le vieux nous ferme sa porte au nez. Nous l’interpellons de nouveau, il refuse obstinément de nous laisser entrer.

 

Accablés par le mauvais sort qui, décidemment, s’acharne sur nous ce soir, fatigués, épuisés et n’entrevoyant aucune autre solution, nous insistons avec force pour nous faire héberger pour la nuit. Mais le vieil homme nous éconduit pour la troisième fois. « J’ai bien peur que la seule place libre dans ma maison ne vous convienne pas. Je n’… » C’est le moment que choisit l’orage pour éclater. Un premier éclair déchire le ciel. Une pluie abondante frappe violemment le sol. « N’importe quel endroit nous conviendra très bien du moment que nous sommes à l’abri pour la nuit. » « Nous ne vous dérangerons pas. Nous repartirons dès demain matin » « S’il vous plait, rien qu’un petit coin pour nous abriter. » Le tonnerre gronde. Le vieil homme nous fixe d’un regard vague, hanté, avec des yeux d’halluciné, des yeux noirs, si noirs qu’il est impossible d’en distinguer la pupille, et il cède enfin. « Entrez donc » et quelques paroles incompréhensibles s’échappent encore de sa bouche.

 

Il nous mène dans l’une des deux seules pièces de la petite demeure, éclairée seulement de quelques bougies. Dans l’un des murs, nus, décrépi, est percée une fenêtre étroite. Comment avons-nous pu repérer une si faible lumière dans un tel brouillard ? Le lieu est austère et plutôt sinistre. Sans plus un mot, notre hôte pose une lampe à huile sur la table. Jamais je n’ai vu de pareilles mains, osseuses, fines, un peu fébriles, recouvertes d’une peau blafarde, aux veines saillantes. Mon regard se porte alors sur le possesseur de ces mains. Quel être singulier, troublant... inquiétant. Tout autour de lui, règne comme un malaise, un malaise de l’âme aussi bien que du corps. Je remarque sa maigreur presque terrifiante, avec des joues creuses, le visage marqué de fatigue. Ses vêtements semblent bien larges pour ses membres trop secs, pour son ventre creux, pour ses frêles épaules. Pauvre vieux ! Rongé, ravagé par la folie ? Par la peur ? La paranoïa ? Peut-être, aussi, par la peine. Sa femme, apparemment morte récemment, repose dans un coin de la salle enveloppée dans un linceul. Cette compagnie est loin de nous réjouir mais nous devons faire avec pour une nuit, rien qu’une.

 

Le vieil homme nous apporte encore quelques couvertures, hésite un instant, puis, tremblant, se retire dans sa chambre. Il ferme la porte. Etrangement neuve, dans ce décor d’un autre temps, elle est aussi bien plus massive et plus solide que celle de l’entrée. Nous l’entendons encore tourner la clé deux fois dans la serrure, puis plus rien. Nous nous installons tant bien que mal, le plus loin possible du cadavre. Mes compagnons déplient un improbable canapé-lit tandis que, un peu à l’écart, j’aménage, avec coussins et couvertures, le petit tapis de sol récupéré dans le coffre de la voiture.

 

Aussitôt couchés, mes compagnons s’endorment. Je ne me sens pas à l’aise. Je me retourne. Par la fenêtre, la lune brille, resplendissante. L’orage a cessé. Aucun nuage ne voile les étoiles. Un épais silence, à peine perturbé par la respiration des deux endormis, a maintenant envahit les lieux. J’imagine des ombres imprécises rodant autour de la maison, m’attendant à chaque instant à voire apparaître des figures grotesques qui, d’un bond, franchiraient la vétuste fenêtre. Moi et mon surplus d’imagination, comme si les présences d’un cadavre et d’un vieux décharné n’étaient pas suffisantes ! Alors, je serre les paupières au point d’y faire courir des lueurs rouges et tire la couverture jusqu’au cou, forçant la nuit à se mettre dans ma tête. Je m’assoupis à peine que, à l’autre bout de la pièce, un frôlement presque indistinct, fait passer sur ma peau un petit frisson désagréable. Un bruit aigre, une sorte de... de grincement. Contre mon gré, mes paupières se lèvent. Un mouvement. J’ouvre totalement les yeux et vois la morte se lever. Une peur rauque me saisit. Mon cœur me crible la poitrine. Dans la lumière blafarde que la lune traîne jusqu’au canapé, elle se dirige vers les dormeurs. Le châle autour de sa tête laisse dépasser quelques longs cheveux gris. Son visage ridé est blême. Tétanisée, ligotée par mes propres muscles, je ne peux hurler ma peur. Elle se penche tour à tour sur chacun d’eux et leur souffle son haleine au visage. Les pas morts viennent maintenant droit sur moi. Terrifiée, je ne peux que ramener un peu plus les couvertures sur ma tête. Mes ongles entrent dans la chair de mes paumes mais la douleur n’arrache pas ma frayeur. Je m’écrase contre le sol, voudrais faire corps avec, disparaître. Je bloque ma respiration. Mon pauvre rempart textile me semble bien mince et ridicule. J’étouffe. Elle exhale au-dessus de moi. De l’air, il me faut de l’air. Je suis sur le point de m’évanouir. Elle regagne le bâti sur lequel elle reposait, rigide, quelques instants plus tôt. Les planches craquent lorsqu’elle s’allonge.

 

Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi, la peur tendue, proche de perdre conscience. Je n’entends plus que le silence. Et comme poussée par ce nouveau silence, doucement, je reprends mon souffle. Toujours sous les couvertures protectrices, j’ose un furtif coup d’œil dans sa direction. Elle semble de nouveau inanimée. Cependant, ses cheveux paraissent moins gris, sa peau plus lisse. Je regarde mes compagnons. Ils sont méconnaissables. Leurs cheveux sont devenus blancs. Ils ont la peau blafarde et terriblement ridée. Ils ne bougent plus, ne respirent plus. Le silence est si dense qu’il en est palpable. Il me faut fuir. Je rassemble mes forces. J’esquisse un geste. Je tremble. Le bâti grince à nouveau. Je me glisse rapidement sous les couvertures. La morte souffle plusieurs fois dans ma direction puis se recouche.

 

Cette fois, je me lève sans faire le moindre bruit. Je déverrouille la porte. La morte s’élance à ma poursuite. Je bondis hors de la maison et m’enfuis en courant comme jamais. L’horrible femme sur mes talons. La nuit est déchirée par d’insupportables cris suraigus, inhumains. A bout de souffle, je réalise que ces hurlements sont les miens. Je reprends haleine un bref instant. Il n’y a rien ici que des bois. La route qui mène à la chaumière n’est qu’un chemin de terre boueux. Je réalise soudain que personne ne viendra à mon secours. Et je n’ai rien sur moi, pas d’arme, pas de formule magique contre les revenants, pas… pas les clés de la voiture qui sont restée sur la table. C’est ma seule chance. Je cours en direction de la chaumière. La morte, surgissant de nulle part, se jette sur moi. Je l’évite de justesse et me réfugie derrière un arbre. Chacune de son côté, seule l’épaisseur du tronc nous sépare. Pas le temps de souffler, elle tente de me saisir par la droite. J’esquive. Elle se précipite de l’autre côté, je lui échappe de peu. Je ne pourrai pas tenir longtemps ainsi. Chacune de ses tentatives, m’oblige à puiser un peu plus dans le peu de force qu’il me reste. Je sens venir mon dernier soupir. Combien de fois avons-nous fait le tour de l’arbre dans cette mortelle parodie du jeu du chat et de la souris ? Trop. Epuisée, j’halète. Nouvelle tentative pour lui échapper. Je butte contre une racine, me rattrape à une branche et, pour retrouver l’abri du tronc, la relâche... en pleine tête de la morte. Son visage, déformé par la douleur, est encore plus effrayant. Ecumant de rage, elle bondit sur l’arbre et l’enlace de ses bras dans l’espoir de m’attraper. Sous l’effet de la surprise, et, sans doute, de l’épuisement aussi, je dérape sur le sol glissant et tombe à la renverse. C’est probablement ce qui m’a sauvé la vie. J’ignore combien de temps je suis restée inconsciente. Lorsque j'ouvre les yeux, cette nuit tenace, collante comme de la glu est sur le point de s’achever, chassée par les premières lueurs du jour. Je découvre le cadavre toujours fixé à l’arbre par les bras, les ongles si profondément enfoncés dedans qu’ils disparaissent sous l’écorce. Sonnée, encore sous le choc, je ne retrouve ni chaumière ni voiture. Je marche droit devant, une marche automatique, les yeux perdus dans le vague. Le jour s’assombrit déjà lorsque j’entre, enfin, dans un village… Mais ceci est une autre histoire.

 

*

*  *

 

Jamais personne ne m’a crue. Mes compagnons furent portés disparu. On ne les retrouva jamais… Ni aucun cadavre. Bien plus tard, j’ai essayé de retrouver le lieu de ces terribles évènements. Sans succès.

Cette nuit-là, une large mèche blanche apparut sur le côté gauche de ma chevelure. Elle me rappelle, à jamais, de retenir mon souffle au moindre bruit suspect, au plus discret des grincements… Particulièrement la nuit de Samain.

 


Seshet Noun

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2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 21:51

Voici une de mes nouvelles fantastiques dans une version qui à franchement besoin d'être retravaillée (il me reste encore à la corriger et à la remanier pour la rendre plus agréable à lire, plus vraie, plus angoissante et plus percutante), mais je vais la laisser reposer quelque temps avant d'y revenir... Pour l'anecdote, j'ai écrit ce texte la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre 2008.

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C'est un soir d'automne. Un vent aigre arrache les dernières feuilles des arbres. Le sol est glissant. Il règne dans l’air comme une odeur de sous-bois. L'humidité pénètre chairs et os. En cette période crépusculaire, la lumière et l'ombre se confondent. Le jour et la nuit se fondent.... Nous sommes le 31 octobre, un soir d'automne comme il y en a tant. Pourtant, quelque chose se prépare, quelque chose d'inhabituel... La nuit devient plus sombre. C'est alors que l'étrange frappe à nos portes. Fantômes, sorcières, vampires, korrigans, loups-garous, morts-vivants et autres revenants arpentent nos rues. C'est la nuit d'Halloween, la nuit de Samain. La nuit où s'ouvrent les portes de l'au-delà. La nuit où les morts se réveillent. Cette nuit, les êtres humains se terrent chez eux, dans la chaleur et l’apparente sécurité de leur foyer. Tous tentent d’échapper à l’haleine fétide du ventre de la nuit. Tous se cachent. Tous ? Non.

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Nous étions trois, trois jeunes imprudents. Je connaissais à peine mes compagnons de route. Nous étions tous trois invités à la même fête costumée et avions opté pour le covoiturage. Depuis plusieurs heures, nous cherchions notre chemin. Dans cette campagne perdue au fond d’une vallée, faute de réseau, nos téléphones étaient inutilisables. Nous avions, depuis longtemps déjà, renoncé à participer à notre fameuse petite party. Nous espérions seulement rentrer chez nous. Mais un sombre et impénétrable brouillard nous empêchait de suivre les trop rares indications. Notre unique certitude était que nous étions totalement perdus.

Enfin, nous aperçûmes comme une étincelle de vie au milieu de la nuit. Une lueur d’espoir qui nous réchauffa le cœur. C’était la lumière d’une petite chaumière. Rien d’autre aux alentours que cet étrange brouillard poisseux.

Dans un grincement, un vieil homme vouté nous ouvre la mince porte en bois. Ici, ni téléphone, ni électricité et pas d’habitations avant plusieurs dizaines de kilomètres… Et avec si peu de visibilité...

Assommés par ces nouvelles, fatigués, épuisés, nous insistons avec force pour nous faire héberger pour la nuit. Mais le vieil homme nous éconduit à chaque fois :

« - J’ai bien peur que la seule place libre dans ma maison ne vous convienne pas. Je n’… »

C’est le moment que choisit l’orage pour éclater. Un premier éclair déchire le ciel. Une pluie abondante frappe violemment le sol.

 « - N’importe quel endroit nous conviendra très bien du moment que nous sommes à l’abri pour la nuit. Nous repartirons dès demain matin. »

Le tonnerre gronde. Le vieil homme cède : « - Entrez donc. »

Il nous mène dans l’une des deux seules pièces de la petite demeure. Sa femme, apparemment morte récemment, repose dans un coin de la salle enveloppée dans un linceul. Cette compagnie est loin de nous réjouir mais nous devons faire avec pour une nuit, rien qu’une.

Notre hôte pose une lampe à huile sur la table, du pain, de l’eau et s’excuse de n’avoir rien de mieux à nous proposer. Nous le remercions. Le vieil homme nous apporte encore quelques couvertures, hésite un instant, puis, tremblant, se retire dans sa chambre. Il ferme la porte. Neuve, massive, elle est bien plus solide que celle de l’entrée. Nous l’entendons encore tourner la clé deux fois dans la serrure, puis plus rien. Nous nous installons tant bien que mal, le plus loin possible du cadavre. Mes compagnons déplient un improbable canapé-lit tandis que, un peu à l’écart, j’aménage, avec coussins et couvertures, le petit tapis de sol retrouvé dans le coffre de la voiture.

Aussitôt couchés, mes compagnons s’endorment. Je ne me sens pas à l’aise. Je me retourne. Par la fenêtre, la lune brille, resplendissante. L’orage a cessé. Aucun nuage ne voile les étoiles. Un épais silence, à peine perturbé par la respiration des deux endormis, a maintenant envahit les lieux. Je m’assoupis à peine que, à l’autre bout de la pièce, un mouvement, presque indistinct, fait passer sur ma peau un petit frisson désagréable. J’ouvre les yeux et vois la morte se lever. Elle se dirige vers les dormeurs. Le châle autour de sa tête laisse dépasser quelques longs cheveux gris. Son visage ridé est blême. Tétanisée de peur, je ne peux alerter mes compagnons. Elle se penche tour à tour sur chacun d’eux et leur souffle son haleine au visage. Terrifiée, je ne peux que ramener un peu plus les couvertures sur ma tête. Je l’entends qui s’approche. Je bloque ma respiration. Mon pauvre rempart textile me semble bien mince et ridicule. Je manque d’oxygène. Elle exhale au-dessus de moi. De l’air, il me faut de l’air. Je suis sur le point de m’évanouir. Elle regagne le bâti sur lequel elle reposait, rigide, quelques instants plus tôt. Les planches grincent lorsqu’elle s’allonge.

Je reprends doucement mon souffle, toujours sous les couvertures. J’ose un furtif coup d’œil dans sa direction. Elle semble de nouveau inanimée. Cependant, ses cheveux paraissent moins gris, sa peau plus lisse. Je regarde mes compagnons. Ils sont méconnaissables. Leurs cheveux sont devenus blancs. Ils ont la peau blafarde et terriblement ridée. Ils ne bougent plus, ne respirent plus. Le silence est si dense qu’il en est palpable. Il me faut fuir. Je rassemble mes forces. J’esquisse un geste. Je tremble. Le bâti grince à nouveau. Je me glisse rapidement sous les couvertures. La morte souffle plusieurs fois dans ma direction puis se recouche.

Cette fois, je me lève sans faire le moindre bruit. Je déverrouille la porte. La morte s’élance à ma poursuite. Je bondis hors de la maison et m’enfuis en courant comme jamais. La Mort sur mes talons. La nuit résonne d’insupportables hurlements suraigus. A bout de souffle, je réalise que ces hurlements sont les miens. Je reprends haleine un bref instant. Il n’y a rien ici que des bois. La route qui mène à la chaumière n’est qu’un chemin de terre boueux. Je réalise soudain que personne ne viendra à mon secours. Et je n’ai rien sur moi, pas d’arme, pas de formule magique contre les revenants, pas… Pas les clés de la voiture qui sont restée sur la table. C’est ma seule chance. Je cours en direction de la chaumière. La morte, surgissant de nulle part, se jette sur moi. J’ai tout juste le temps de me précipiter derrière un arbre. Elle tente de me saisir par la droite, je me faufile à gauche. Elle fonce par l'autre côté, je lui échappe de justesse. A chacune de ses tentatives, je m’esquive à l’opposé. Mortelle parodie du jeu du chat et de la souris. Chacune d’un côté de l’arbre, seule l’épaisseur du tronc nous sépare. Elle écume de rage. Combien de temps puis-je tenir ainsi ? Epuisée, haletante, je sens venir mon dernier soupir. Soudain, elle saute sur l’arbre, l’enlace de ses bras dans l’espoir de m’attraper. Sous l’effet de la surprise, je dérape sur le sol glissant et tombe à la renverse. C’est probablement ce qui m’a sauvé la vie. J’ignore combien de temps je suis restée inconsciente. Lorsque j'ouvris les yeux, la nuit était sur le point de s’achever. Je découvrais le cadavre toujours fixé à l’arbre par les bras, les ongles si profondément enfoncés dedans qu’ils disparaissaient sous l’écorce. Je ne retrouvais ni chaumière ni voiture. Je marchais droit devant. Le jour s’assombrissait déjà lorsque j’entrais, enfin, dans un village…

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Jamais personne ne m’a crue. Mes compagnons furent portés disparu. On ne les retrouva jamais… Ni aucun cadavre. Bien plus tard, j’ai essayé de retrouver le lieu de ces terribles évènements. Sans succès.

Cette nuit-là, une large mèche blanche apparut sur le côté gauche de ma chevelure. Elle me rappelle, à jamais, de retenir mon souffle au moindre bruit suspect, au plus discret des grincements… Particulièrement la nuit de Samain.

 

 

 

 

Seshet Noun

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  • : "Ici commence le temps de l'anarchie universelle, de la liberté ; l'état naturel de la nature, le temps antérieur au monde." (Novalis) Née du chaos primordial de la création, dans un océan d'écriture, je laisse des traces d'encre, des mots, des lignes chaotiques sur tout ce que je touche... En éternelle dilettante ! ©Seshet Noun Tous droits réservés.
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