Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 novembre 2008 7 02 /11 /novembre /2008 21:51

Voici une de mes nouvelles fantastiques dans une version qui à franchement besoin d'être retravaillée (il me reste encore à la corriger et à la remanier pour la rendre plus agréable à lire, plus vraie, plus angoissante et plus percutante), mais je vais la laisser reposer quelque temps avant d'y revenir... Pour l'anecdote, j'ai écrit ce texte la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre 2008.

  ~~~~

 

C'est un soir d'automne. Un vent aigre arrache les dernières feuilles des arbres. Le sol est glissant. Il règne dans l’air comme une odeur de sous-bois. L'humidité pénètre chairs et os. En cette période crépusculaire, la lumière et l'ombre se confondent. Le jour et la nuit se fondent.... Nous sommes le 31 octobre, un soir d'automne comme il y en a tant. Pourtant, quelque chose se prépare, quelque chose d'inhabituel... La nuit devient plus sombre. C'est alors que l'étrange frappe à nos portes. Fantômes, sorcières, vampires, korrigans, loups-garous, morts-vivants et autres revenants arpentent nos rues. C'est la nuit d'Halloween, la nuit de Samain. La nuit où s'ouvrent les portes de l'au-delà. La nuit où les morts se réveillent. Cette nuit, les êtres humains se terrent chez eux, dans la chaleur et l’apparente sécurité de leur foyer. Tous tentent d’échapper à l’haleine fétide du ventre de la nuit. Tous se cachent. Tous ? Non.

*
*    *

 

Nous étions trois, trois jeunes imprudents. Je connaissais à peine mes compagnons de route. Nous étions tous trois invités à la même fête costumée et avions opté pour le covoiturage. Depuis plusieurs heures, nous cherchions notre chemin. Dans cette campagne perdue au fond d’une vallée, faute de réseau, nos téléphones étaient inutilisables. Nous avions, depuis longtemps déjà, renoncé à participer à notre fameuse petite party. Nous espérions seulement rentrer chez nous. Mais un sombre et impénétrable brouillard nous empêchait de suivre les trop rares indications. Notre unique certitude était que nous étions totalement perdus.

Enfin, nous aperçûmes comme une étincelle de vie au milieu de la nuit. Une lueur d’espoir qui nous réchauffa le cœur. C’était la lumière d’une petite chaumière. Rien d’autre aux alentours que cet étrange brouillard poisseux.

Dans un grincement, un vieil homme vouté nous ouvre la mince porte en bois. Ici, ni téléphone, ni électricité et pas d’habitations avant plusieurs dizaines de kilomètres… Et avec si peu de visibilité...

Assommés par ces nouvelles, fatigués, épuisés, nous insistons avec force pour nous faire héberger pour la nuit. Mais le vieil homme nous éconduit à chaque fois :

« - J’ai bien peur que la seule place libre dans ma maison ne vous convienne pas. Je n’… »

C’est le moment que choisit l’orage pour éclater. Un premier éclair déchire le ciel. Une pluie abondante frappe violemment le sol.

 « - N’importe quel endroit nous conviendra très bien du moment que nous sommes à l’abri pour la nuit. Nous repartirons dès demain matin. »

Le tonnerre gronde. Le vieil homme cède : « - Entrez donc. »

Il nous mène dans l’une des deux seules pièces de la petite demeure. Sa femme, apparemment morte récemment, repose dans un coin de la salle enveloppée dans un linceul. Cette compagnie est loin de nous réjouir mais nous devons faire avec pour une nuit, rien qu’une.

Notre hôte pose une lampe à huile sur la table, du pain, de l’eau et s’excuse de n’avoir rien de mieux à nous proposer. Nous le remercions. Le vieil homme nous apporte encore quelques couvertures, hésite un instant, puis, tremblant, se retire dans sa chambre. Il ferme la porte. Neuve, massive, elle est bien plus solide que celle de l’entrée. Nous l’entendons encore tourner la clé deux fois dans la serrure, puis plus rien. Nous nous installons tant bien que mal, le plus loin possible du cadavre. Mes compagnons déplient un improbable canapé-lit tandis que, un peu à l’écart, j’aménage, avec coussins et couvertures, le petit tapis de sol retrouvé dans le coffre de la voiture.

Aussitôt couchés, mes compagnons s’endorment. Je ne me sens pas à l’aise. Je me retourne. Par la fenêtre, la lune brille, resplendissante. L’orage a cessé. Aucun nuage ne voile les étoiles. Un épais silence, à peine perturbé par la respiration des deux endormis, a maintenant envahit les lieux. Je m’assoupis à peine que, à l’autre bout de la pièce, un mouvement, presque indistinct, fait passer sur ma peau un petit frisson désagréable. J’ouvre les yeux et vois la morte se lever. Elle se dirige vers les dormeurs. Le châle autour de sa tête laisse dépasser quelques longs cheveux gris. Son visage ridé est blême. Tétanisée de peur, je ne peux alerter mes compagnons. Elle se penche tour à tour sur chacun d’eux et leur souffle son haleine au visage. Terrifiée, je ne peux que ramener un peu plus les couvertures sur ma tête. Je l’entends qui s’approche. Je bloque ma respiration. Mon pauvre rempart textile me semble bien mince et ridicule. Je manque d’oxygène. Elle exhale au-dessus de moi. De l’air, il me faut de l’air. Je suis sur le point de m’évanouir. Elle regagne le bâti sur lequel elle reposait, rigide, quelques instants plus tôt. Les planches grincent lorsqu’elle s’allonge.

Je reprends doucement mon souffle, toujours sous les couvertures. J’ose un furtif coup d’œil dans sa direction. Elle semble de nouveau inanimée. Cependant, ses cheveux paraissent moins gris, sa peau plus lisse. Je regarde mes compagnons. Ils sont méconnaissables. Leurs cheveux sont devenus blancs. Ils ont la peau blafarde et terriblement ridée. Ils ne bougent plus, ne respirent plus. Le silence est si dense qu’il en est palpable. Il me faut fuir. Je rassemble mes forces. J’esquisse un geste. Je tremble. Le bâti grince à nouveau. Je me glisse rapidement sous les couvertures. La morte souffle plusieurs fois dans ma direction puis se recouche.

Cette fois, je me lève sans faire le moindre bruit. Je déverrouille la porte. La morte s’élance à ma poursuite. Je bondis hors de la maison et m’enfuis en courant comme jamais. La Mort sur mes talons. La nuit résonne d’insupportables hurlements suraigus. A bout de souffle, je réalise que ces hurlements sont les miens. Je reprends haleine un bref instant. Il n’y a rien ici que des bois. La route qui mène à la chaumière n’est qu’un chemin de terre boueux. Je réalise soudain que personne ne viendra à mon secours. Et je n’ai rien sur moi, pas d’arme, pas de formule magique contre les revenants, pas… Pas les clés de la voiture qui sont restée sur la table. C’est ma seule chance. Je cours en direction de la chaumière. La morte, surgissant de nulle part, se jette sur moi. J’ai tout juste le temps de me précipiter derrière un arbre. Elle tente de me saisir par la droite, je me faufile à gauche. Elle fonce par l'autre côté, je lui échappe de justesse. A chacune de ses tentatives, je m’esquive à l’opposé. Mortelle parodie du jeu du chat et de la souris. Chacune d’un côté de l’arbre, seule l’épaisseur du tronc nous sépare. Elle écume de rage. Combien de temps puis-je tenir ainsi ? Epuisée, haletante, je sens venir mon dernier soupir. Soudain, elle saute sur l’arbre, l’enlace de ses bras dans l’espoir de m’attraper. Sous l’effet de la surprise, je dérape sur le sol glissant et tombe à la renverse. C’est probablement ce qui m’a sauvé la vie. J’ignore combien de temps je suis restée inconsciente. Lorsque j'ouvris les yeux, la nuit était sur le point de s’achever. Je découvrais le cadavre toujours fixé à l’arbre par les bras, les ongles si profondément enfoncés dedans qu’ils disparaissaient sous l’écorce. Je ne retrouvais ni chaumière ni voiture. Je marchais droit devant. Le jour s’assombrissait déjà lorsque j’entrais, enfin, dans un village…

*
*    *

 

Jamais personne ne m’a crue. Mes compagnons furent portés disparu. On ne les retrouva jamais… Ni aucun cadavre. Bien plus tard, j’ai essayé de retrouver le lieu de ces terribles évènements. Sans succès.

Cette nuit-là, une large mèche blanche apparut sur le côté gauche de ma chevelure. Elle me rappelle, à jamais, de retenir mon souffle au moindre bruit suspect, au plus discret des grincements… Particulièrement la nuit de Samain.

 

 

 

 

Seshet Noun

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Malka 03/11/2008 19:56

Bienvenue dans la communauté " Les portes du merveilleux". l y a également un atelier-forum où on éhange sur les textes et illustrations à partir du thème proposé (il y en a deux pour l'instant) ou en hors thème. Pour plus d'nfos, il y a une rubrique expliqutaive sur mon blog. Si le forum te tente, les portes sont grandes ouvertes.Malka

Chaos D'écritures

  • : Chaos d'écritures
  • Chaos d'écritures
  • : "Ici commence le temps de l'anarchie universelle, de la liberté ; l'état naturel de la nature, le temps antérieur au monde." (Novalis) Née du chaos primordial de la création, dans un océan d'écriture, je laisse des traces d'encre, des mots, des lignes chaotiques sur tout ce que je touche... En éternelle dilettante ! ©Seshet Noun Tous droits réservés.
  • Contact